Et la soirée fut Belle… [ OM – Milan AC, 1993

[ OM – Milan AC, 1993

Ce mercredi là comme tous les mercredis était le jour des enfants, mais ce 26 mai allait être le jour des Marseillais. Un soir, dans un petit port italien, deux ans auparavant, cela aurait du être le soir de tous les Marseillais mais honnêtement, Etoile Rouge de Belgrade, ça avait moins de gueule, il valait mieux attendre…

Attendre que l’adversaire proposé ne soit pas un très bon club d’Europe (Savicevic, Pancev, Prosinecki, ça avait de la gueule !) Mais LE meilleur club d’Europe.

Alors ? Alors le Milan se présente, fort de son président Silvio Berlusconi, de son entraîneur l’incomparable Fabio Capello, mister titres en tant que joueur et mister titres comme entraîneur, de ses joueurs, tous internationaux de quelque chose de Van Basten à Maldini en passant par Rijkaard, le magnifique Baresi ou et oui le seul et l’unique Jean Pierre Papin, donc le Milan AC se présente fort de ses certitudes.

Ca va être dur mais pas impossible. Il y a deux ans (encore ? Et oui, encore petit !), l’OM avait prouvé que (attention un jeu de mots se cache dans cette phrase…)le statut de meilleure équipe d’Europe, et bien cela se déboulonne. Mais ça c’est une autre histoire.

Celle qui nous concerne allait définitivement faire rentrer la France dans le Panthéon des nations qui o­nt gagné la Coupe qu’elle avait elle-même contribué à créer (c’est sur l’initiative de l’Equipe et de Gabriel Hanot que la Coupe aux Grandes Oreilles a été inventée), échouant à chaque fois alors qu’icelle lui tendait les bras (Hélas Reims, deux fois hélas Reims… Glasgow et les poteaux carrés pas verts… Bari, terre de désillusions). Et même pas une petite sous- coupe (des Coupes ou de l’UEFA) pour venir consoler ce pays qui a fait de : « l’important, c’est de participer » une mode de pensée (je suis prêt à parier que pour beaucoup, mieux vaut un France – Allemagne Sévillan, juilletiste et perdu qu’un France – Brésil Dionysien, juilletiste et victorieux…). Et l’honneur sera pour la plus vieille ville de France. Ce sera à la terre de Phocée de dépuceler cette coupe qui n’attendait que ça…

Ce mercredi là, le soleil nous avait laissés tomber car il avait préféré aller jusqu’à Munich, supporter ses minots, portant dans ses rayons, de la main de Notre Dame de la Garde le message suivant : Gagnez !

Il pleuvait donc sur Marseille la Belle et nous étions impatients de voir le match qui allait nous faire rentrer dans la Légende, partout et comme d’habitude, nous serons les premiers…

Barthez – Eydelie, Desailly, Boli, Angloma, Di Meco – Deschamps, Sauzée – Pelé, Boksic, Völler…. Là voilà l’équipe prête à défier le géant Rossonero aux pieds d’or.

Cette équipe là n’est pas la plus grande Marseille de tous les temps mais la plus bagarreuse, la plus accrocheuse, la plus volontaire, sûrement… Suffit de voir les Milanais sortir du terrain à l’arrivée de cette bande sans peur et sans reproche… C’est dit, Jean-Pierre Papin était parti pour gagner la Ligue des champions, et l’OM l’a gagné sans lui. Pourquoi ? Parce que Barthez était dans les cages et que le minot, il n’avait peur de rien, même pas d’oublier ses gants juste avant le match, même pas d’arrêter les tirs à bout portant de Massaro ou de Van Basten… Parce que même la blessure d’Angloma monstrueux troisième homme de la garde noire avec Basile et Marcel Desailly (pour gagner une finale, il faut Deschamps et Desailly dans son équipe… Refrain connu) à la 60<SUP>ème n’empêchera pas Durand de se mettre au diapason… Parce que Boli, même blessé, il obéit à Völler et il reste… Stay, il lui a dit, avec la bave au coin des lèvres… Stay… Et il est resté…

44ème minute. Abédi Pelé, le second « fils de Tapie » (le premier est assis sur le banc des remplaçants, en face…) s’apprête gentiment à tirer un corner. Il y a Rudi, il y a Basile et il y a Rijkaard et Baresi à qui o­n ne l’a fait pas. Mais Basile s’élève, pas plus haut qu’eux, mais à temps. Juste ce qu’il faut pour que Rossi voit le ballon passer au fond de ses filets. But, but pour Marseille, pour le neveu de Basile qui, cette fois là, ne pleurait pas, pour qu’enfin le nom d’un club français soit inscrit dans le palmarès d’une C1…

Et ce fut la fête, à Marseille, ah ce que la soirée fut douce au son des Klaxons, ce que la soirée fut belle… Comme Marseille…

Finale de la Champions LeagueMunich, Stade OlympiqueOM bat Milan AC 1-0 (1-0)67 000 spectateursArbitrage de M. Röthlisberger (Sui)But : Boli (44e) pour l’OMOM : Barthez – Eydelie, Desailly, Boli, Angloma (puis Durand, 62e), Di Meco – Deschamps, Sauzée – Pelé, Boksic, Völler (puis Thomas, 79e). Ent. : R. GOETHALSMilan AC : Rossi – Tassotti, Costacurta, Baresi, Maldini – Donadoni (puis Papin, 58e), Rijkaard, Albertini, Lentini – Van Basten (puis Eranio, 86e), Massaro. Ent. : F. CAPELLO